Légendes d’Auvergne

« Dans ce pays tout est sobriété, mesure et simplicité.
Ici l’âme est rugueuse comme le granit, le basalte et le schiste,

douce et vive comme l’eau des multiples sources.
Dans ce pays, le passé légendaire semble s’écarteler parmi les vents.
Le Cantal s’écoute, autant qu’il se regarde

et il se découvre plus encore avec le cœur qu’avec le yeux. »

Gilbert LACONCHE
Extrait de : Légendes et Diableries
Du Cantal, éditions Verso, Guéret.

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Les cheveux du Diable, légende du Cantal
La légende de Saint-Dominique (Murat, Cantal)
La légende de la Roche Percée à Laveissière, Cantal.
La légende de la Chapelle Notre-Dame de Consolation, Thiézac, Cantal.
La légende de la bête du Gévaudan en Margeride, pays de Saint-Flour, Cantal.
la légende de la menette à St-Cirgues de Jordanne, Cantal.
La légende de Saint Léobard à Ourzeaux Saint-Cernin, Cantal.
La légende d’Aurillac, Cantal.
La légende de la sorcière de Ville-Montante, à Lugarde, Cantal.

La légende des dracs, vallée de la Sianne, Cantal.
La légende de la Procession des Trépassés (Aurillac – Cantal).

La légende de Jeannot et Jeannette et l’Ogre, Cantal.
La légende de Le Loup, la Chèvre et ses Chevreaux à Saint Jean, Cantal.
La légende des-sept-vies-de-maevel, Cantal.

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Les cheveux du Diable, légende du Cantal

Lorsque Dieu le Père eut créé notre comté d’Auvergne, il donna la permission à Lucifer, qui s’était tranquillement tenu coi et ne l’avait point contrarié en ses desseins, de bâtir trois villes dans la province.

Le démon se plaça sur un rocher au-dessus de Roussy, arracha un de ses cheveux et le jeta du côté de l’Est. Immédiatement Laroquebrou naquit. Un autre cheveu, lancé au Midi, enfanta Maurs, et enfin le troisième produisit Montsalvy.

Les mauvais plaisants ajoutent que cette visite du diable ne peut être contestée, car elle laissa à sa suite une odeur brûlée si particulière, que la paroisse actuelle en prit le nom de Roussy.


La légende de Saint-Dominique (Murat, Cantal)

Sur la route de Saint Jacques de Compostelle, Saint Dominique,

injustement accusé de vol, fut pendu à La Calzada.
Or, son père averti en songe, reçut ordre d’aller le chercher

(Dominique était encore vivant).

Le Malheureux se mit en route et arriva à La Calzada un jour où les autorités étaient en banquet. On se gaussa de lui car son fils était pendu depuis plus d’un mois. Le vieillard insista :
« Dominique était vivant comme le coq rôti qui était sur la table ».Le coq rôti, aussitôt s’envola. Émus par ce prodige, les convives se levèrent de table. En hâte, on courut au gibet. Dominique était bien là, vivant et bien portant.Dans l’Église de Murat, un tableau de l’École espagnole du XVIIème siècle retrace cet épisode.
Dans ce tableau offert sans doute par un émigrant, on retrouve les grands faits de cette légende : l’arrestation de saint Dominique, le banquet et la résurrection du coq, les fourches et le pendu réconforté par un ange…


LÉGENDE de la Roche Percée à Laveissière, Cantal.

La légende veut que Saint-Calupan, un des premiers évangélisateurs de Haute-Auvergne, ait vécu en ermitage une grande partie de sa vie à la Roche Percée.

Né probablement en 526 en Haute-Auvergne, Calupan trouve vite sa vocation religieuse et intègre le monastère de Méallet près de Mauriac.
Il y fit vœux de pauvreté et d’abstinence.

Ces vœux l’empêchèrent de se donner aux travaux des champs, ce qui lui valut les vifs reproches de ses camarades inquiets pour la richesse du monastère. Écœuré de cette mentalité, il décida de prendre le chemin de l’ermitage et de se retirer dans la grotte de la Roche Percée.
Cette grotte, isolée de tout, surplombe une vallée couverte de sapins dans laquelle serpente une petite rivière.

Calupan se nourrissait de racines, ne sortait jamais de sa grotte et passait ses journées à prier.
Parfois, les serpents s’enroulaient autour de son cou et accompagnaient le Saint.
Calupan raconta même avoir rencontré deux dragons, incarnés par le Diable, qu’il terrassa grâce à sa foi.

À la nouvelle de la présence d’un ermite, les quelques habitants de la vallée vinrent présenter des offrandes à Calupan
qui les remercia en leur donnant sa bénédiction. Un jour, un pauvre homme sourd vint rencontrer le Saint,

et celui-ci, touché par l’effort du vieil homme, lui toucha les oreilles et par miracle l’homme retrouva l’ouïe.
À cette nouvelle, des centaines de personnes acheminèrent des infirmes jusqu’à l’ermite et de nombreux miracles eurent lieu.

Les journées de Calupan étaient désormais rythmées par de nombreuses visites, que ce soit pour une guérison, une bénédiction ou pour un simple conseil.
Calupan communiquait et les bénissait en passant sa main dans une petite ouverture depuis le haut de la grotte.

Informés de cette histoire, l’évêque de Clermont Saint Avit
et l’historien Grégoire de Tours vinrent rendre visite à l’ermite.
Le premier, impressionné par sa foi, ordonna Calupan diacre et le canonisa, malgré l’humble réticence du Saint,

tandis que le deuxième raconta sa vie dans son livre la Vie des Pères (chapitre 9).
Quelques années après, en 576 à l’âge de cinquante ans, Calupan fortement affaibli,
mourut dans sa grotte et ses fidèles enterrèrent son corps à l’entrée de la grotte.

Légende de la Chapelle Notre-Dame de Consolation, Thiézac, Cantal.

C’est une ancienne chapelle de pèlerinage restaurée à la suite des guerres qui dévastèrent la région. Son architecture fait penser à celle d’un buron. Cette chapelle a reçu un décor peint portant la date de 1667, restauré à la fin du Second Empire puis vers 1930.
La chapelle datant du XVe siècle a été agrandie au XVIIe siècle. Édifice de faible hauteur, la nef mesurant 15 m par 6 m se termine par une abside semi-circulaire. La toiture est recouverte de plaques d’ardoises en écaille. La façade occidentale est surmontée d’un clocher, à l’est se trouve un large portail. Au sud, le mur est percé de quatre fenêtres et d’une porte.

Ce vaste oratoire de montagne a été érigé au cours du XVème siècle sur le lieu d’une apparition de la Vierge à des pèlerins. L’extérieur fait penser plus à un buron de montagne qu’à un édifice religieux, mais c’est son intérieur qui en fait un élément remarquable du patrimoine local. En effet la voûte est entièrement recouverte de fresques polychromes datant du XVIIème siècle, représentant des litanies de la Vierge (plus d’une quarantaine de médaillons dédiés à la Vierge), des figures et des emblèmes religieux. Elle fut très fréquentée et elle aurait reçu la visite d’Anne d’Autriche qui se désespérait d’avoir un fils.
Un an après ses dévotions sur place naissait le futur Louis XIV. Le 15 août, une procession aux flambeaux accompagne la remontée de la statue de la Vierge dans la chapelle située au-dessus du bourg. Pour accéder au site, en partant de l’église, il faut suivre le chemin de croix.
Au XVIIe siècle, la renommée du pèlerinage égalait celle de Notre-Dame-d’Aurillac ou de Notre-Dame-de-Pailherols.
Au XVe siècle, la Vierge serait apparue à des pèlerins près de la grotte des ermites et une statue aurait été trouvée à la place de l’apparition.

Texte gravé (XVIIe siècle)
Les murs de la chapelle sont tapissés d’ex-votos datant pour les plus anciens du XVIIe siècle. Anne d’Autriche aurait fait offrir à cette chapelle une dentelle à l’image de la famille royale, après que la Vierge de Consolation a favorisé la naissance du futur Louis XIV. L’objet est encore conservé à Thiézac.
Actuellement, le pèlerinage a lieu au cours des trois jours qui précèdent le 15 août ; la cérémonie se termine par une procession aux flambeaux pour conduire la statue de la Vierge depuis le village jusqu’à la chapelle à flanc de montagne.
Un décor peint recouvre le plafond en berceau de la chapelle. Réalisé en 1667 à la demande de la famille du Teil dont les armes sont reproduites sur la voûte, il représente les litanies de la Vierge Marie.
Dieudé Jean, « Notre-Dame-de-Consolation », Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France

Légende de la bête du Gévaudan

Au commencement ce n’était qu’une rumeur. Un animal rôdait dans la montagne. Un ou plusieurs monstres de l’avis de certains. Lorsqu’on découvrit les corps mutilés des premières victimes, on lui donna enfin un nom : la bête.

L’histoire débuta vers 1764 dans la région d’Auvergne. La bête attaqua près d’un village et les habitants la surprirent en train de s’abreuver du sang qui s’écoulait de la gorge d’une de ses victimes. Plusieurs témoins décrivirent alors une bête longue, basse, plus grosse qu’un loup, rousse avec une bande noire tout le long du dos, des  puissantes griffes, une grosse tête, une gueule énorme et une queue très poilue que la bête agitait en grognant.
Confondu par un tel portrait, les autorités locales firent appel au gouverneur militaire de la province. Une grande campagne destiné à chasser la bête débuta, mais ce ne furent que des loups qui furent abattus.

Échappant aux recherches des soldats, la bête s’enfuit vers l’Ouest.
Le 30 septembre 1764, la bête fut tirée à trois reprises, à courte distance. Sous le feu nourri, elle s’effondra en hurlant mais réussit à se relever et à s’enfuir.

Après cette escarmouche, les agressions cessèrent. La bête avait disparu. Cependant les affiches placardées un peu partout dans les villages voisins montraient l’image d’un animal féroce et sanguinaire. Les représentations de la bête furent diffusées un peu partout et la bête devint rapidement mythique.

De 1764 à 1767, deux animaux (l’un identifié comme un gros loup, l’autre comme un canidé s’apparentant au loup) furent abattus.

Le gros loup fut abattu par François Antoine, porte-arquebuse du roi de France, en septembre 1765, sur le domaine de l’abbaye royale des Chazes. À partir de cette date, les journaux et la cour se désintéressèrent du Gévaudan, bien que d’autres morts attribuées à la Bête furent déplorées ultérieurement.

Le second animal fut abattu par Jean Chastel, enfant du pays domicilié à La Besseyre-Saint-Mary, le 19 juin 1767. Selon la tradition, l’animal tué par Chastel devait être la Bête du Gévaudan car, depuis cette date, plus aucune mort ne lui fut attribuée.

■ Le 13 mars 1765

Jeanne Jouve au mas de la Veissière près du Rouget de Saint-Alban était dans son jardin avec trois de ses six enfants. Jeanne entendit une pierre rouler et se retourna; la Bête était là et tenait la petite de 14 mois dans sa gueule par un bras. Jeanne se jeta sur l’animal et arriva à délivrer la petite, mais la Bête se jeta sur le garçon de six ans. Huit fois, dix fois Jeanne se jeta sur la Bête. Alors que la Bête sautait par dessus la muraille, les aînés, alertés par les cris de leur mère accoururent avec des chiens et mirent la Bête en fuite. Malheureusement le garçon mourut de ses blessures, mais la mère et la petite furent sauves. Le roi accordera une prime de 300 livres en récompense de cet acte de bravoure maternelle.
■ Le 12 janvier 1765

Au Villaret, un village au nord de Chanaleilles, cinq garçons et deux filles gardaient les troupeaux au lieu-dit « La Coustasseyre ». Les garçons jouaient avec leur lance au bout de laquelle était fixé un couteau. Le dénommé Panafieu jeta la sienne un peu loin dans les buissons. Soudain, la Bête surgit. Au lieu de fuir, le plus grand des enfants (12 ans) Jacques André Portefaix rassembla tous les enfants. La bête tourna autour d’eux. Elle saisit Panafieu, aussitôt tous les enfants la piquèrent de leurs lances. Elle lâcha prise mais revient et saisit un autre garçon et l’emporta. Portefaix cria : « Nous devons délivrer Jean ou mourir avec lui ». Alors que la Bête est prise dans un bourbier, tous l’attaquèrent et réussirent à lui faire lâcher prise. Elle monta sur un tertre et s’enfuit, abandonnant la partie. Les enfants furent récompensés pour leur courage et Portefaix fut scolarisé aux frais de l’Etat.

■ Le 11 août 1765

Marie-Jeanne Valet, une jeune fille de 19 ans, bonne du curé et sa sœur Thérèse se rendant de Paulhac et Broussous. La Bête s’élança sur Marie-Jeanne, mais celle-ci lui planta sa lance dans le poitrail. La Bête hurla et porta sa patte antérieure à la blessure. Elle se jeta à l’eau et s’y roula plusieurs fois avant de disparaître. Antoine, le porte-arquebuse du roi Louis XV, se rendit sur les lieux et vit la lance rougit de sang sur trois pouces. Antoine surnommera Marie-Jeanne « la pucelle du Gévaudan ». Marie-Jeanne décrivit la Bête « de la taille d’un gros chien, beaucoup plus gros par devant que par derrière, une tête très grosse et très plate, une gueule noire, le col blanc et le dos noir ».

Jean Chastel était un protagoniste particulier de l’affaire. Ce que retient l’histoire, c’est qu’officiellement, c’est lui qui tua la Bête le 19 juin 1767 à la Sogne d’Auvers. Tout d’un coup la Bête lui apparut, elle vint droit vers lui et s’assit. Jean Chastel termina sa prière, rangea son livre et ses lunettes, mit la Bête en joue et fit feu. La Bête s’écroula, elle était morte. Agé de 59 ans en 1767, il eut neuf enfants et fût tout à la fois pasteur protestant, cabaretier, paysan, chasseur à la Besseyre Sainte Marie. Il mourut en 1789 à l’âge canonique de 83 ans. Pierre le fils aîné à 26 ans, il était garde forestier dans la forêt de la Ténazeyre. Antoine 22 ans vécut aussi dans cette forêt où il avait une cabane. Souvent mal vêtu et sale, il était surnommé : loup-garou, dresseur d’animaux, montreur de loups. Enfin, Jean Chastel aurait eu un frère, Jean-Pierre, condamné à mort pour meurtre et qui aurait échappé à sa sentence en se réfugiant dans cette même forêt. Quel rôle ses parents jouèrent dans l’affaire ? Mystère !…

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St-Cirgues de Jordanne Cantal
Une « menette » était une jeune fille dévote, vouée au célibat et coiffée d’un béguin particulier.
Un jour, l’ une d’elle, poursuivi par le diable – sous les traits d’un beau jeune homme –
se jeta du haut de ces falaises dans ce gouffre pour lui échapper.
Mais la jeune fille ne fut pas broyée : ses jupes s’ouvrirent, lui firent un parachute,
et elle atterrit en douceur sur un rocher où elle put attendre des secours.
Miracle de la foi…
D’après « Veillées d’Auvergne » de Jean Ajalbert – 2002

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La légende de Saint Léobard

Saint local et pastoral qui selon toute vraisemblance vécut ici au XIII siècle.

Contemporain de Saint Roch, il était toujours flanqué de sa vache et de ses brebis, comme l’autre saint de son chien.

Notre homme vivait en ermite, dans un vallon prés d’Ourzeaux se contentant d’une cabane, prés d’une fontaine marquée aujourd’hui d’une croix. Ah, ce ne devait pas être drôle l’hiver quand l’écir soufflait sur ce plateau. Mais peut-être puisait-il quelque courage dans ses prières et la mortification.

Pauvre, hormis sa vache et ses trois brebis, oh certes il l’était : il n’avait pas de champs, pas de blé, donc pas de pain. Il passait sa journée en prières au milieu de son troupeau ne travaillant pas. Et ici à Ourzeaux, il était tenu pour un oisif, un fainéant qui méritait bien son sort peu enviable.

Son pain, Léobard avait pris l’habitude de se le procurer en faisant du porte à porte. Dans les localités alentour, il était généralement bien reçu, surtout dans la vallée de la Doire en dessous d’Ourzeau. Quand il visitait Saint-Cernin, Le Cambon, Saint Martin Valois, Marzes, Tournemire, Anjony, c’était pour lui jour de fête. Les gens y étaient charitables et il revenait à Ourzeau le ventre plein et la besace débordant de victuailles.

Mais dans son village, ce n’était pas la même affaire. Les viragos le regardaient d’un mauvais œil, le tenant pour un paresseux sans dignité, préférant la mendicité à la besogne. Et pourtant, ce n’était pas un serf, mais un saint ; les femmes n’allaient pas tarder à s’en apercevoir au dépend de leur dureté de cœur : « au lieu de prier la nuit et le jour, ce fainéant d’ermite serait mieux occupé à semer son blé sur un coin communal ! »

Une fois de plus, nul n’était prophète en son pays, et ces chipies tenaient à le lui faire savoir. Après avoir tenu assemblée, elles décidèrent que lorsqu’il passerait à leur porte pour obtenir quelque pitance, elles lui verseraient sur la tête de l’eau bouillante, rien de moins, afin de le détourner à jamais de sa manie.

Ce qui fut fait et le pauvre homme après avoir reçu « sa pâtée » sous cette forme, à chaque porte, eut la tête toute brûlée. Etre saint, c’est bien, mais l’on n’en est pas moins homme et tel les dieux antiques, il décida de se venger. Et de façon éclatante.

Léobard invoqua les cieux et fit tomber sur Ourzeau de l’eau boueuse, sans discontinuer durant 40 jours et 40 nuits. Un vrai déluge, sans soleil du tout, longue pénitence pour les viragos qui elles, qui elles avaient fait pleuvoir sur lui de l’eau bouillante.

Cette histoire n’allait pas sans perturber les cultures, les animaux ne pouvaient plus sortir, l’herbe pourrissait. Devant cette situation désastreuse qui s’éternisait, les femmes d’Ourzeau se décidèrent à montrer leur repentir et supplièrent Saint Léobard de les pardonner, de leur ramener le soleil. Elles pleuraient à fendre l’âme, ce qui ne faisait pas beaucoup de bruit car il leur en restait si peu ! Le bon ermite releva ces malheureuses de leur faute et laissa revenir le soleil dans toute sa splendeur, lourd de toutes ces richesses prometteuses de bonnes récoltes et de bonne herbe pour les troupeaux.

Mais l’astre du jour se mit à chauffer très fort. Et très longtemps : pendant 40 jours, pas un nuage n’obscurcit l’horizon. La terre suait, puis se craquelait, les épis séchèrent sur pied, l’herbe et l’eau devinrent rares pour les troupeaux. Tant et si bien que les villageoises revinrent se plaindre à l’ermite. Et l’habitude fut prise.

Ainsi naquit la légende de Saint Léobard, ce saint si bon qui fait la pluie et le beau temps quand on lui demande. Il y a quelques dizaines d’années, on se rendait encore en procession à la fontaine de saint Léobard pour supplier l’ermite de faire tomber la pluie en cas de sécheresse. On y revenait tout aussi bien en procession pour lui demander le beau temps. Et il parait qu’il donnait satisfaction à chaque fois. Malgré ces bienfaits, la coutume s’est perdue.

Pas la fontaine cependant, bien que désertée par les hommes, elle étanche toujours la soif des animaux. Mais bien peu de personnes pourraient aujourd’hui vous y conduire. Anonyme qu’elle est parmi les autres sources qui jaillissent sur le plateau ponctué de nombreuses croix.

Récit tiré de « Contes et Légendes pour de longues veillées d’hiver

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La Jordane à Aurillac, Cantal.

La légende d’Aurillac, cantal.

   Un jour, Gerbert qui depuis fut pape et était un habile sorcier, voulait convaincre le doyen de son monastère, et lui ayant demandé s’il voulait être témoin d’un miracle, le conduisit au bord de la rivière.  Aprés avoir tracé d’innombrables cercles et prononcé une foule de mots cabalistiques, Gerbert frappa les eaux de la Jordane avec une baguette qui paraissait enflammée. Soudain les eaux, de bleues et claires qu’elles étaient, se changèrent en flots d’or, si bien que pendant un instant l’or coula par larges nappes entre les deux rives; le doyen épouventé se jeta à genoux, priant Dieu mentalement, et…le charme cessa;
Mais depuis ce temps la Jordane à roulé des paillettes  précieuses et la ville en pris le nom d’Aurillac: AURI LACUS.
Sources:Littérature Orale de l’Auvergne,Paul sebillot.           © Alain-Michel, Regards et Vie d’Auvergne.


La légende de la sorcière de Ville-Montante

Dans la commune de Lugarde, dans le Cantal, on peut visiter encore les ruines seigneuriales du château de Ville-Montante qui, selon la légende, dut ses misères à sa prospérité à la sorcière Lamira.

Moitié fée, moitié mendiante, avec sa baguette et son cabas, cette femme vivait dans une hutte, à la lisière du bois, à l’époque de la grande Révolution. On la rencontrait un peu partout dans la région. Comme toutes les sorcières de son espèce, elle était très savante; elle connaissait tous les simples et toutes les fleurs champêtres, dont elle savait l’emploi. On l’a consultait pour toutes les maladies des bêtes et des gens de plusieurs lieues à la ronde. Partout on lui faisait l’aumône, car on savait que cela portait bonheur.

D’ailleurs, le seul fait de refuser du pain à la sorcière pouvait avoir des conséquences mortelles. Le baron de Ville-Montante devait en faire, hélas, la douloureuse expérience. Ce pauvre homme qui avait sans doute la cervelle un peu affaiblie par les graves événements qui se préparaient en France, s’était mis en tête que la sorcière Lamira avait empoisonné son gibier.
Ne jamais contrarier une sorcière !

«C’est une gueuse», dit-il un jour à sa gouvernante. «Quand elle se présentera au château, vous ne lui donnerez rien, absolument rien, pas même la permission de coucher dans le foin, car elle empoisonnerait aussi et toutes me bêtes en crèveraient».

Quelques jours après, la sorcière vint à Ville-Montante. Elle y fût reçue comme l’avait commandé le baron dont on lui répéta les propos. Elle s’en montra fort mécontente et en s’éloignant, on l’entendit grommeler : «Le baron se trompe, ce ne sont pas ses bêtes qui trépasseront».

Un mois après, il perdit son fils d’un mal mystérieux que la science ne put diagnostiquer; trois mois après, sa fille s’en allait du même mal, puis six mois après, ce fut le tour de la baronne. Le malheureux baron, inconsolable, ne lui survécut que quelques semaines et, avec lui, s’éteignit le dernier rejeton des seigneurs de Ville-Montante.

Comme toutes les fées, la sorcière Lamira pouvait faire le bien aussi facilement que le mal. Un soir de juin, elle bénit l’union de deux amoureux, Lucien et Olga, en leur disant ces paroles qui leur portèrent bonheur : « Vous êtes faits l’un pour l’autre. Vous serez heureux toute votre vie. Votre étoile d’amour brillera toujours».

Ils se marièrent, s’aimèrent beaucoup, firent fortune et achetèrent le château de Ville-Montante où ils s’installèrent la sorcière Lamira, en qualité de cuisinière.

Lucien fut élu député du Tiers-État à l’assemblée nationale de 1789 et, s’il ne fit pas le bonheur parfait de ses électeurs, comme la sorcière avait fait le sien, ce ne fut pas de sa faute.


Parmi les légendes du Cantal, celles mettant en scène les Dracs, sont très populaires et remontent à l’ère gauloise.

Un Drac était un diablotin au corps fluide et transparent, espiègle, agile et plein de ruses. Il mettait tous ses efforts à tourmenter les laboureurs et les pâtres.

Le Drac avait sa retraite près des fontaines et des bosquets silencieux. Il se reposait le jour et agissait la nuit, cherchant quelques bons tours à jouer.

A l’occasion de leurs ennuis quotidiens, les habitants de la vallée de la Sianne pestaient contre le Drac. C’est lui qui tourmentait le sommeil des bergers dans leur « cabane » à roulettes.

Au hameau de Terret, sa spécialité était de tresser la crinière des chevaux, on appelait çà la « trève ».

Un bruit curieux du vent, c’était son rire malfaisant. Et si par hasard vous rencontriez un Drac, il se métamorphosait en loup pour vous faire peur.

Parfois, ce drôle de lutin avait aussi des bons côtés. Lorsqu’on lui portait discrètement une jatte de lait à l’angle de la maison, il pouvait venir le soir raviver la flamme du foyer de la cheminée, bercer les enfants, consoler les malades.


La Procession des Trépassés (Aurillac – Cantal)

De l’Abbaye d’Aurillac, à part l’église abbatiale, il ne reste plus grand chose aujourd’hui à part des noms
 et quelques pierres.
Il faut citer la Fontaine de l’Aumône qui coule au coin de la rue du Buis et du Square Saint Géraud. Son nom lui vient  de l’aumônerie du Monastère qui se trouvait là
et l’on raconte qu’elle a donné parfois non pas seulement de l’eau mais de l’huile et du vin.

La fontaine qui se trouve sur la place Saint Géraud
devant la maison Renaissance des chanoines, est taillée dans un énorme bloc de serpentine verte
qu’un abbé d’Aurillac, vers la fin du XIème siècle, fit venir de Griou pour orner ses jardins. Le bassin que l’on peut voir reposait sur un autre bien plus grand, qui fut brisé par les protestants. L’église Saint Géraud, telle qu’elle s’offre aujourd’hui, est elle aussi bien attachante.

De la première basilique Romane, il reste un beau chapiteau, qui a été creusé pour en faire un bénitier, et deux dalles décorées de feuillages et d’animaux symboliques, encastrées dans le mur de la chapelle, à gauche du chœur. Il y a là aussi, sculpté dans la pierre, un curieux Samson datant du Xème siècle, le plus ancien spécimen de la sculpture préromane à Aurillac. Des fouilles récentes ont également fait apparaître le transept romain.

Les protestants incendièrent l’église avec tout son riche mobilier en 1569. Les reliques de Saint Géraud furent elles aussi brûlées : on ne put sauver que quelques ossements, qui portent la trace du feu.

Cependant, Mgr. de Noailles releva le chœur, restaura le transept et une travée de la nef. On y travaillait encore en 1643. Le reste de l’église date de la fin du XIXème siècle.
Une légende raconte qu’autrefois, le jour des morts, à minuit, les fantômes de ceux qui devaient mourir dans l’année sortaient par le porche abbatial et s’en allaient lentement  vers le cimetière.
Un garçon se crut assez fort pour aller voir passer cette procession de la Nuit des Trépassés, mais s’étant reconnu lui-même dans un de ces fantômes, il tomba sur la place sans connaissance. On le releva au petit matin, mais il avait perdu le sens, bientôt après il perdit la vie.

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Jeannot et Jeannette

L’histoire d’un frère, d’une soeur et d’un ogre. Conte traditionnel du Cantal

Allez-vous-en ! leur dirent leurs parents, deux pauvres paysans qui n’en pouvaient plus de misère.
Jeannette et Jeannot s’en allèrent donc, en reniflant à travers la forêt. Que faire ? Où se réfugier ? Ils avaient peur, faim et soif. À la fin, ils furent fatigués.
Jeannot grimpa au sommet d’un arbre, et aperçut ainsi deux maisons, l’une blanche et l’autre rouge.

Choisis, Jeannette, celle où nous irons demander l’hospitalité.
La petite fille choisit la rouge, qui lui semblait plus jolie. Ils s’y rendirent donc et frappèrent à la porte. Une femme vint leur ouvrir, les fit entrer. Elle ne semblait pas méchante, mais la crainte se lisait sur son visage. Les enfants n’y firent pas attention tant ils se sentaient à bout de forces.
– Mangez, dit la femme en soupirant.
Ils se jetèrent sur l’assiettée de soupe avec avidité. Ils ne l’avaient point encore terminée que surgit le maître de maison, un ogre énorme, les joues en feu, les yeux mauvais.
– Hé hé ! cria-t-il joyeusement. Voilà de la chair fraîche !
Mais son sourire disparut en regardant les enfants de près, maigres et pâles, morts de peur.
– Je ne les mangerai pas tout de suite, décida-t-il. Il faut les engraisser d’abord.

– S’il te plaît, demanda la femme d’une voix plaintive. Laisse-moi la fillette, j’ai besoin d’une servante.
L’ogre était dans ses bons jours. Il accepta :
– D’accord, je te la donne. Mais, le garçon, lui, je l’enferme dans la cave. Nourris-le bien. Qu’il grossisse.
Ainsi fut fait. Jeannette, du matin au soir, s’occupait de la maison, et aussi du cheval blanc qui était à l’écurie.
Quant à Jeannot, lui, il ne faisait rien, sauf manger, des platées énormes, servies matin et soir. Il essayait bien de ne pas y toucher pour éviter de grossir, mais en vain : les plats sentaient trop bon, il ne pouvait résister.
Tous les soirs, l’ogre venait le voir, ou plutôt, il venait jusqu’à la porte fermée de la cave, et ordonnait au garçon de passer son doigt dans un trou. Il tâtait le doigt, attendant le moment où il serait devenu assez gros.

Jeannot avait peur de cet instant, peur d’être mangé.
Mais Jeannette eut une idée : elle lui fit passer une queue de rat trouvée en balayant. Si bien que son frère, désormais, au lieu de présenter à l’ogre son doigt, lui montrait le bout de la queue, toujours aussi maigre. La ruse réussit longtemps, mais à la fin, l’ogre perdit patience. Un soir, il se fâcha, ouvrit la porte, saisit Jeannot par l’oreille, le traîna à la lumière.
– Hé, hé, gronda-t-il. Je me doutais bien de la tromperie. Te voilà dodu à souhait, garçon : demain, je te mange ! Jeannot pleurait dans sa cave, enfermé à double tour, voyant sa dernière heure approcher, il pleurait sans pouvoir s’arrêter, désespéré, sans courage…
Mais soudain, au milieu de la nuit il entendit une clé tourner dans la serrure ; la porte s’ouvrit, il vit une ombre, devina sa soeur.

– Chut, murmura Jeannette. On va se sauver. Viens.
Devant la maison, le cheval blanc attendait, attelé à une petite charrette. Ils grimpèrent tous les deux dans le véhicule et la fillette souffla :
– Hue !
Hélas, tous les bruits de la fuite, pourtant faibles, avaient réveillé l’ogre. Il se leva, enfila sa culotte, et se précipite dehors juste à temps pour voir l’attelage des enfants disparaître à l’horizon. Poussant un cri de rage, il se lança à sa poursuite.
Le cheval courait vite, mais l’ogre aussi. C’était l’aube, des bergers sortaient leurs troupeaux.L’ogre leur demanda :
– Avez-vous vu passer deux enfants sur une charrette ?
Ils avaient bien vu, mais ne le dirent pas. L’ogre reprit sa course en leur montrant le poing :

– Je m’occuperai de vous, vous ne perdez rien pour attendre !
Un peu plus tard, il hurla de joie en arrivant près de la rivière. Les enfants venaient de la traverser, il les voyait, tout proches, presque à portée de la main. Il se précipita. Au bord de l’eau, des lavandières lavaient leur linge. Elles lui crièrent :
– Monsieur, monsieur, ne passez pas à gué, vous allez vous mouiller jusqu’au cou : prenez plutôt la passerelle.
La passerelle était faite de cheveux tressés, les propres cheveux des lavandières. Quand l’ogre atteignit le milieu du pont, les laveuses sortirent de grands ciseaux
de leurs poches.
La passerelle coupée, l’ogre tomba dans l’eau profonde et s’y noya. Quant à Jeannette et à Jeannot, ils continuèrent leur course pour arriver jusqu’à une terre d’asile où ils purent vivre en paix. Et le conte s’arrête là, au bout du pré.


Le Loup, la Chèvre et ses Chevreaux.


C’est dans les bois de La Vayssière, près de Saint-Jean, département du Cantal, que vivaient jadis le loup, la chèvre et ses trois chevreaux.

Or donc, chevrette et ses petits chevreaux vivaient tranquilles dans le bois où ils occupaient une solide maisonnette qui les mettait à l’abri des méchants.
Maman chevrette vaquait à ses occupations du matin au soir, surtout préoccupée de ramener aux enfants de l’herbe et des feuilles bien fraîches. Mais voilà qu’un jour, elle glisse sur un rocher, tombe et se casse la jambe !
Oh, quelle douleur… Chevrette sur trois pattes, se traîne jusqu’à la maison. Les enfants pleurent.
– Calmez-vous, mes petits, ce ne sera rien. Il faut absolument que j’aille à Saint-Jean voir le docteur qui va me guérir.
– Oui, maman.
– Restez sages en m’attendant. Vous avez du foin dans la grange, du miel et de l’eau en suffisance. Surtout n’ouvrez à personne si l’on frappe à la Porte. Quand je reviendrai, je chanterai une chanson pour que vous puissiez me reconnaître.
– Oui, maman.
– Je chanterai :
« Ouvrez à petite maman
Qui est reine de Saint-Jean
Sa patte bien raccommodée
Avec du fil d’argent doré. »
– Oui, maman. Au revoir, maman. Guéris vite !
Clopin-clopant, chevrette s’en va vers la ville. Elle ne se sent pas tranquille, et elle le serait encore moins si elle savait que le loup avait entendu sa chanson, caché sous la fenêtre de la maisonnette…
Lorsque la chèvre disparaît à l’horizon, le loup se pourlèche les babines, se glisse vers la maison des chevreaux sans attendre, frappe à la porte. Il chante :
« Ouvrez à petite maman… »
Les trois chevreaux entendent ; ils sont surpris que leur mère revienne si vite, mais surtout par le son de sa voix.
– Tu n’es pas notre maman ! crie l’un des chevreaux, maman a la voix bien plus douce.
– Mais non !
– Mais si !
Le loup insiste, puis s’en va, tout penaud, voyant qu’on ne lui ouvre pas. Il rencontre le renard, à qui il raconte sa mésaventure.
– Il faut te faire aplatir la langue, conseille le renard. Ainsi ta voix sera moins grosse.
– Si tu le crois, soupire le loup… Aide-moi, s’il te plaît.
Le loup tire la langue, la pose sur une pierre plate. Renard attrape une autre pierre et frappe dessus d’un grand coup.
Le loup hurle de douleur, se sauve sans même penser à dire merci à son compagnon. Dans le bois, il va tremper un bon moment sa langue dans l’eau froide du ruisseau.
Une fois sa douleur calmée, il retourne à la maisonnette de la chèvre, frappe à nouveau à la porte, et chante :
« Ouvrez à petite maman,
Qui est revenue de Saint-Jean… »
Les chevreaux, en l’entendant, hésitent, se consultent :
– C’est maman chevrette !
– Mais non, écoutez bien, les frères : sa voix n’est pas la même !
– Elle est moins grosse que celle de tout à l’heure, pourtant.
– Ce n’est pas maman, je vous dis ! C’est peut-être le loup…
Les trois chevreaux, apeurés n’ouvrent pas cette fois non plus. Le loup n’a plus qu’à s’en aller.
Dans la forêt, il rage et réfléchit des journées durant. D’un côté, il rêve de croquer les trois chevreaux bien tendres ; d’un autre côté, il a peur de se faire encore aplatir la langue. Mais quelle autre solution trouver ?
Le loup va donc chez le forgeron du village, explique ce qu’il attend de lui.
– Installe-toi, dit l’homme.
En tremblant, le loup étale sa langue sur l’enclume, le forgeron lève son lourd marteau, frappe de toutes ses forces.
Le loup hurle si haut cette fois, que tout le village en tremble. Il doit rester longtemps la tête dans l’eau courante du bois pour que son mal se dissipe un peu. Ensuite, il court vers la maisonnette de madame Chevrette.
« Ouvrez à petite maman,
chante-t-il d’une voix devenue douce.
Qui est revenue de Saint-Jean.
Sa patte bien raccommodée.
Avec un fil d’argent doré. « Les chevreaux crient de joie :
– Maman est de retour !
– Tire vite le verrou, toi.
– C’est ce que je suis en train de faire.
La porte s’ouvre, le loup gronde, s’élance !
Les trois chevreaux n’ont que le temps de se cacher n’importe où, le premier dans la huche à pain, le deuxième sous le lit, le troisième dans la boîte de la grosse horloge, tous les trois morts de peur.
Le loup s’en moque, il prend tout son temps maintenant, il sait qu’il va les attraper sans peine, les manger l’un après l’autre. Ah, non, il ne regrette plus de s’être fait aplatir la langue. Bon, assez attendu…
Le loup regarde d’un oeil gourmand le petit chevreau blotti sous le lit. C’est par lui qu’il va commencer son repas. Il approche, avance, la gueule ouverte, saisit le chevreau par la queue.
Soudain, un grand coup le renverse.
Chevrette est revenue de Saint-Jean, guérie ! Elle a vu ses enfants en danger, elle attaque le loup, à grands coups de cornes !
– Attrape ! Attrape encore !
Le loup dégringole à terre, la chèvre frappe et frappe sans répit. Elle frappe tant que le loup s’enfuit. Dans son désarroi, il s’engouffre dans la cheminée où il s’écorche, grimpe sur le toit, saute dans le jardin, se précipite à l’abri des grands arbres. Non, il n’est pas prêt de revenir !
Maman chevrette serre ses enfants sur son coeur, tout heureuse, et console celui qui était caché sous le lit, et à qui le loup a avalé le bout de la queue.


les-sept-vies-de-maevel

La légende raconte qu’en pays Arverne, au beau milieu de la forêt vivait une jeune fille à demi sauvage. On l’appelait Maevel. De sa mère on ne savait pas grand-chose sinon qu’elle avait été bannie du village de ses pères lorsque l’enfant était née, car aucun homme n’avait daigné lui offrir son nom.
Vouée au plus grand dénuement, la pauvresse s’était éteinte, alors que l’enfant balbutiait ses premiers mots.

Le village, qui apprit la nouvelle des colporteurs en vadrouille, ne s’émut pas grandement. On laissa la petite aux bons soins d’Arduina, la déesse des forêts, et on l’oublia, comme on oublie un mauvais rêve.
Les années avaient passé et la petite avait grandi. Elle avait suivi les enseignements de la forêt : elle savait les baies qui nourrissent et les plantes qui guérissent. Elle connaissait les chevreuils et ne craignait pas les loups. Un jour qu’elle partait à la récolte des châtaignes sauvages, elle entendit une meute de chiens qui s’approchait à vive allure. Elle savait que lorsque les feuilles tombent et que la forêt devient claire, les chasseurs viennent. Ils violent la quiétude et tuent. C’est pourquoi elle avait construit son abri au milieu de la forêt de sapin : les résineux ne se dépouillent pas à l’automne, et la pénombre qui y règne, fait fuir les hommes.
Seulement elle s’en trouvait fort éloignée ce jour-là… Elle commença à courir mais rien ne semblait éloigner ces hurlements. Elle entendait à présent les sabots des chevaux : ils étaient là, tout près.

« Hey ! » héla un homme « arrête-toi ! ». Bien sûr Maevel n’avait aucune intention d’arrêter sa course, mais elle sentit bientôt une entrave s’emmêler autour de ses jambes et elle tomba à terre.
L’homme s’approcha. Lorsqu’il fut à portée de son regard il éclata d’un rire méprisant et cruel et dit à son compagnon « bien vilaine prise ! Sa petite figure sombre ne m’inspire pas confiance. Laisse-là aux chiens ! ». Le jeune homme tenait la meute à portée de corde. Les chiens avaient été affamés pour être plus efficaces à la chasse. Il hésita un instant mais on ne lui avait pas appris la désobéissance. Il lâcha les chiens et ils repartirent.

Maevel gisait là. Les chiens ne l’avaient pas tué, mais l’un deux lui avait dévoré la joue. A demi-consciente, elle crût distinguer une silhouette devant elle. Une main douce et blanche lui caressait le visage, engourdissant la douleur.
« Qui es-tu ? » Demanda Maevel.
« L’on me nomme Arduina, Déesse des forêts et de ses habitants. »
« Pourquoi suis-je en vie ? »
« Parce que j’ai besoin de toi pour rétablir l’harmonie. Je vais te faire gardienne de cette forêt que tu connais si bien, toi qui as vécu ici durant de longues années. Il faut empêcher la folie des hommes et les massacres qu’ils commettent par orgueil ou par peur. »

« Mais comment ? »
«Regarde. »
Maevel se releva et aperçut autour d’elle de majestueuses fleurs d’un blanc pur qui embaumaient l’air d’un parfum délicat.
« Ce sont des lis. Ils apportent la pureté et la lumière. Tu en cueilleras sept et tu y ajouteras sept fleurs de soucis. Avec le tout, tu feras un onguent qui soignera ton visage et gardera ta peau blanche. La beauté du lis deviendra ta beauté et tu exerceras ton pouvoir sur les hommes. L’harmonie est multiple de sept. Sept est le tout et la perfection. Il faut sept cycles pour rétablir l’équilibre. Je vais donc te donner sept vies, pendant lesquelles tu devras charmer les hommes et les garder de leur folie meurtrière. Tu ne dois les laisser sacrifier les habitants de la forêt que pour les besoins de leur survie, non pour assouvir leur vanité. »
Sur ces mots, Arduina disparut.

On dit encore aujourd’hui qu’il ne faut pas aller chasser dans la forêt de Ligune. Que tout homme qui s’y aventure s’y perd et ne retrouve plus son chemin. Qui sait, peut-être tombe-t-il dans les filets d’une ensorceleuse, nommée Maevel qui aurait finalement appliqué des principes plus drastiques que les recommandations qu’elle avait reçues ?

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