Sept conseils pour une randonnée de déconfinement réussie et sans risques dans le Cantal

L’heure du déconfinement venue, les jambes des Cantaliens fourmillent d’idées de randonnées qui ont eu le temps de mûrir entre quatre murs. Mais attention, le volcan reste exigeant.

Ils ont tourné à plus de deux interventions par jour pendant le long week-end de l’Ascension. Neuf sorties en tout, pour les neufs militaires du peloton de gendarmerie de montagne (PGM), basé à Murat. Deux épaules meurtries en VTT, deux recherches de personnes perdues de nuit au col du Pertus, deux chevilles amochées, un infarctus… De quoi inciter à la prudence pour l’adjudant-chef Jean-Michel Crasez, commandant du PGM du Cantal, qui rappelle les principales consignes.

Préparer son itinéraire, sans trop en faire

Attention au moment de choisir son itinéraire : en sortie de confinement, il ne faut pas avoir les yeux plus gros que le ventre : « On a perdu en musculature mais il y a l’envie de s’oxygéner et de sortir, alerte l’adjudant-chef. Ce sont deux choses incompatibles : il vaut mieux y aller à la cool, commencer par des randonnées un peu plus faciles que ce que l’on peut faire habituellement. »
Les risques sont multiples : les montées sont plus difficiles, les descentes présentent des embûches quand les cuisses vacillent un peu. Et si la randonnée est trop longue, il est possible de se faire attraper par la nuit.

Avec elle, il faut rapidement se méfier du froid : « On peut encore avoir de la neige en cette saison », prévient le secouriste. Pour les personnes perdues de nuit, les gendarmes ont un dispositif particulier : ils envoient un SMS au promeneur égaré, avec un lien. En cliquant sur celui-ci, il est automatiquement géolocalisé. Ensuite, il lui suffit de se laisser guider par téléphone vers la voiture.

Avoir tout ce qu’il faut dans son sac

La consigne est claire : dans le sac à dos, il faut « des vêtements chauds, étanches, de la lumière et de quoi appeler les secours. Avec ça, c’est tout bon ». Bien penser aux vêtements adaptés, donc, pour ne pas se faire attraper en t-shirt par la nuit ou le mauvais temps – il tourne vite en Auvergne – et avoir une lampe frontale

Il faut évidemment prévoir de l’eau, en quantité suffisante. Côté matériel, des chaussures adaptées sont indispensables : claquettes-chaussettes, cela ne passe pas dans les pâturages. Tige haute ou basse, cela dépend du randonneur. Même chose pour les bâtons de marche : « Ils peuvent aider quelqu’un qui est fatigué à la montée et l’empêcher de dévaler à la descente », estime-t-il.

S’évader, loin de l’épidémie… sans s’éloigner du Cantal

Indispensable aussi, la trousse à pharmacie, histoire de soigner les petites égratignures qui pourraient survenir pendant la balade. Si vous avez un chien, en revanche, la laisse ne doit pas rester dans le sac : l’été, les salers sont à l’estive et hors de question de laisser votre compagnon s’approcher d’un veau.

Pouvoir se repérer

Une bonne carte est indispensable en montagne, surtout dans le Cantal où les dénivelés peuvent vite se cumuler. Mais le militaire entend parfaitement qu’il est possible de substituer à la bonne vieille carte IGN un téléphone portable. De nombreuses applications sur smartphone disposent de cartes suffisamment précises pour raccourcir un itinéraire trop long, couplé à un GPS qui permet de savoir exactement où l’on est.

« Un téléphone avec la cartographie, c’est tout gagné, estime l’adjudant-chef. À part gérer la batterie, il ne reste rien à faire. »

Pour les plus prudents, il existe des petites batteries externes, pour recharger un portable qui fatiguerait en fin de journée.

Rester concentré, et bien se connaître

Les militaires s’étonnent parfois du faible nombre d’accidents sur des secteurs qui demandent beaucoup d’engagement, comme le puy Griou ou la brèche de Rolland. Des endroits clairement sensibles, qui incitent à regarder où l’on met les mains et les pieds. Résultat : « Les gens sont tellement au taquet qu’ils sont hypers prudents », estime l’adjudant-chef Crasez.

Il note au passage que la plupart des interventions ont lieu dans les secteurs très touristiques, sur les grands chemins et sont le fait de personnes pratiquant peu. Une inquiétude, puisque l’été arrive avec son flot de marcheurs peu habitués à la montagne :

« Ceux qui n’ont pas le pied montagnard risquent de partir la fleur au fusil. Si le Cantal n’était pas technique, il n’y aurait pas d’unité de gendarmerie de montagne… »

Ainsi, les coureurs, nombreux sur les crêtes, inquiètent peu les militaires : « Les trailers d’ici sont très sportifs. Avec le dénivelé que l’on a, ils se connaissent, prennent ce qu’il faut à manger, à boire et ne se perdent jamais. Ce sont plutôt les familles qui s’égarent. » Et de glisser : « Le secret de la montagne, c’est de bien se connaître. »

Que faire face à une morsure de vipère ?

Si elles sont d’un naturel plutôt discret, il n’est pas impossible de se faire mordre par une vipère dans le Cantal et c’est arrivé à plusieurs reprises ces dernières semaines.

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Si vous en apercevez une, le Dr Mourad Chouaki, spécialiste de la question aux urgences d’Aurillac, préconise simplement de « faire du bruit avec son bâton, et de laisser au serpent le temps de s’éclipser. Elles ne sont pas agressives ». Parfois sur les rocailles pour se faire chauffer au soleil, ou au contraire tapies dans l’ombre, il recommande simplement de rester sur le chemin, et de ne pas marcher ou mettre ses mains dans les fourrés sans précautions – cela s’applique aussi bien à la randonnée qu’au tas de branches stocké au fond du jardin.

Si malgré tout vous êtes piqués, la morsure est caractéristique : deux points espacés de 6 à 10 millimètres, avec un peu de sang. Dans ces cas-là, « il ne faut pas paniquer, pour ne pas accélérer le rythme cardiaque. On a le temps ». Il faut appeler le 15, et désinfecter la zone de la morsure : le médecin régulateur du Samu vous expliquera la marche à suivre pour la suite. Appliquer du froid peut être une bonne idée, mais les aspivenins sont à éviter : « Cela ne sert à rien du tout, on oublie ! »Enfin, hors de question de partir en courant vers la voiture, toujours pour éviter d’accélérer le rythme cardiaque. Selon le degré d’envenimation, cela peut aller d’un petit passage en surveillance à l’hôpital, jusqu’à des pathologies plus graves : « Les morsures de vipères sont rarement graves, et très rarement mortelles », précise le médecin.

Attention, les tiques sont de retour

Le temps chaud a donné une belle opportunité aux tiques. Cette année, elles sont particulièrement nombreuses, prêtes à se laisser tomber sur un hôte humain. Ce parasite est malheureusement connu pour inoculer la maladie de Lyme, très handicapante.

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« On a déjà eu des tiques en février, explique Christophe Nouvel, pharmacien à Aurillac. Cela fait deux mois que l’on nous en parle et ça accélère. » Plusieurs mesures peuvent permettre de se prémunir de ce petit insecte.

« Les répulsifs moustiques, souvent, fonctionnent aussi sur les tiques. Il faut vérifier sur l’étiquette, continue le pharmacien. Cela tient huit heures, donc c’est suffisant pour une balade. »

Côté vestimentaire, privilégier le pantalon et le chapeau : les tiques se laissent tomber depuis les arbres.

En rentrant de la promenade, il faut bien vérifier qu’aucune n’a mordu : « On ne sent rien : elle se visse dans la peau, doucement, avec un petit effet anesthésique. » Pas de secret, il faut faire un inventaire complet sous la douche pour être bien sûr de la voir. Et vite.

Numéros utiles. Le 112, numéro européen d’appel d’urgence, et le 18 tombent tout les deux au Centre de traitement des alertes des pompiers du Cantal, à Aurillac. A ces deux numéros, il faut ajouter le 17, qui arrive, en zone gendarmerie, également à Aurillac. Enfin, le 15 arrive à la régulation du Samu du Cantal : il est indispensable notamment pours les morsures de vipère…

Car la tique n’inocule la maladie de Lyme qu’au premier échange de sang avec son hôte, au bout de plusieurs heures. Si vous n’êtes pas certains de savoir depuis quand vous l’avez, le pharmacien est formel : « Au-delà de 24 heures, il faut consulter un médecin », qui peut vous prescrire des antibiotiques.

Un anneau rouge, parfaitement rond, autour de la morsure peut être le signe que vous avez été contaminé par la maladie de Lyme : il faut aller consulter.
Si vous avez été mordu dans la journée, vous pouvez l’enlever vous-même. Des tire-tiques, sortes de petits pieds-de-biche en plastique, sont vendus en pharmacie mais « c’est un très mauvais nom : il ne faut pas piquer la tique, il faut plutôt la dévisser », glisser l’ustensile sous la tête, puis tourner délicatement.

Pour les chiens, les tiques peuvent également être mortelles, transportant la piroplasmose. Il existe des colliers contre les tiques pour nos amis à quatre pattes et il faut s’assurer que les traitements antiparasitaires sont faits. Il existe également des tire-tiques pour les animaux, plus gros. Malgré tout, il faut vite s’inquiéter si les urines de votre compagnon deviennent noires : la piroplasmose s’attaque aux reins et peut très vite être mortelle

Ne pas hésiter à appeler les secours

L’adjudant-chef Crasez soupire et rappelle que le secours en montagne est gratuit en France.

« On apprend parfois que des gens sont montés avec une entorse, pendant quatre heures. On se dit qu’ils sont fous ! »

Pierre Chambaud

https://www.lamontagne.fr/aurillac-15000/actualites/sept-conseils-pour-une-randonnee-de-deconfinement-reussie-et-sans-risques-dans-le-cantal_13794632/

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