L’association du buron des quatre frères souhaite redonner une seconde vie aux burons de l’Aubrac

Quatre frères, originaires de Saint-Germain-en-Laye mais très attachés au territoire, ont décidé de prendre leur bâton de pèlerin pour partir à la rescousse des burons de l’Aubrac. L’idée ? Permettre aux propriétaires privés et collectivités de les réhabiliter et créer une dynamique autour du tourisme durable.

Ce jour-là, il fait un temps digne d’un mois de novembre. La pluie tape sur les vitres et la porte du buron perché en haut de la montagne des Enguilhens à 1.215 mètres d’altitude, le vent s’engouffre dans les fenêtres et les velux à l’étage, la température ne dépasse pas les 5°C, le brouillard cache la vue sur le plateau de l’Aubrac. À l’intérieur, Wandrille, Victor et Augustin, emmitouflés dans leurs pull-overs de montagnards, se réchauffent autour de la cheminée qu’ils viennent tout juste d’allumer. Un morceau de bœuf du boucher du coin cuit doucement sur la grille, au-dessus des bûches, les pommes de terre du maraîcher de la petite commune de Condom d’Aubrac attendent d’être écrasées en purée sur la gazinière de fortune… Ici, le temps semble s’être arrêté.
Mais il ne faut pas longtemps pour comprendre que ces trois-là sont dans leur élément et heureux de se retrouver, avec une petite pensée pour le quatrième de la fratrie, Cyprien, ingénieur en environnement, coincé au Brésil depuis le confinement. Ils partagent, à n’en pas douter, la même passion et le même goût pour les choses simples et authentiques.
Et ils retrouvent là leur Madeleine de Proust. Ces « deux nuits formidables » dans l’autre buron des Enguilhens, avec leurs parents, à l’été 2009. Un « souvenir mémorable en famille, proches de la nature, où on cuisinait ensemble, on faisait du feu ensemble, on se chauffait au feu de cheminée, loin de tout », à l’initiative de leur père, très attaché à l’Aubrac depuis toujours, entre un arrière-grand-père philosophe dont l’ami, le père Pouget vivait à Maurines, et la sœur à Marcillac. « Enfants, on venait souvent en vacances sur l’Aubrac ».


Une expérience à partager sans modération

Conquis, les quatre frères qui « gardent tous dans le coin de [leurs] têtes cette expérience familiale » décident de la partager.

« En décembre 2018, on était tous les trois [Victor, Cyprien et Augustin, ndlr] en Amérique latine pour les études ou le travail, et on a décidé de se retrouver pour Noël à Puntarenas, en Patagonie chilienne, où on a fait un trek de cinq jours en autonomie sur les Dents de Navarino, et on a repensé à cette nuit qu’on avait passée, au buron. On s’est dit qu’on aimerait bien construire un projet ensemble, qu’il y avait sûrement quelque chose à faire avec les burons d’Aubrac dont 40 %, sur près de 300, sont en ruine ».

Qu’à cela ne tienne ! Les jumeaux, Wandrille, en école de commerce à La Rochelle, et Victor en entreprenariat à Lyon, Cyprien, ingénieur en environnement et Augustin anthropologue et guide, partent alors à la rencontre des acteurs de l’Aubrac (PNR, maires, responsables d’office de tourisme, propriétaires de burons), avec la ferme intention de « sauver les burons » du territoire.

On s’est rendus compte que les propriétaires voulaient tous rénover leurs burons, qu’il y avait un vrai besoin mais qu’ils n’avaient pas les fonds et ne savaient pas comment faire pour obtenir des aides, des subventions…

Les jeunes hommes créent alors l’association Le Buron des quatre frères et élaborent un projet de réhabilitation, autour d’une dynamique touristique durable.


Un projet de longue haleine

En tout début d’année, ils se lancent, avec l’aide de la mairie de Condom d’Aubrac qui met à leur disposition la gestion du buron des Enguilhens, d’une capacité d’accueil de six personnes, dans des conditions minimalistes, pour un an. « Une année test », durant laquelle Wandrille, Victor, Cyprien et Augustin vont peaufiner leur projet et toucher du doigt leur rêve.

Les réservations déjà prises, toutefois en suspens en ce temps de crise sanitaire, et les activités qu’ils proposeront à la carte en plus à leurs hôtes (cours de yoga, paniers gourmands en partenariat avec les producteurs locaux, cours d’aligot, ateliers, soirées partagées…) devraient leur permettre de collecter les premiers fonds pour réhabiliter ce premier buron.

Un galop d’essai qui, s’il s’avère concluant, permettra aux quatre frères de solliciter d’autres propriétaires privés ou d’autres collectivités sur les départements du Cantal, de la Lozère et de l’Aveyron, pour gérer la gestion de leur bâtiment, le réhabiliter au fil du temps en partant à la chasse aux subventions. Et de créer ainsi un réseau de burons sur l’Aubrac, au cœur de circuits touristiques, autres que les chemins de Compostelle, notamment le GR® du tour des monts d’Aubrac, en cours de reclassement, qui sillonne 160 kilomètres en boucle depuis Chaudes-Aigues jusqu’à Laguiole.

Mais pas question de créer du tourisme de masse ni d’ouvrir des burons haut de gamme ou de luxe. Wandrille, Victor, Cyprien et Augustin veulent rester fidèles à leurs valeurs et leur philosophie de vie.

On veut faire découvrir aux gens l’Aubrac à travers les trois départements et les burons, mais on souhaite conserver le côté authentique des lieux. Il ne s’agit pas de faire un gîte étoilé, mais de proposer le minimum nécessaire pour vivre une expérience insolite.

Une expérience comme celle qu’ils ont vécue avec leurs parents il y a une dizaine d’années. « C’était tellement dingue ! », se souvient Augustin. Ou comme celles acquises lors de leurs camps de scouts. « On a appris la débrouillardise. Comment se débrouiller avec du feu, un peu de gaz, de l’eau, sans avoir toutes les commodités et revenir aux sources et à la simplicité ».

Respecter l’aspect rustique des burons, mais aussi sensibiliser les « clients » à « une consommation plus douce, durable, se rendre compte de ce qu’on fait », en privilégiant les circuits courts, aux éco-gestes et au développement durable. Panneaux solaires, douche solaire, toilettes sèches, savons au lait d’ânesse ou de jument d’un producteur local, compost, récupération de l’eau de pluie… Les quatre jeunes hommes ne manquent pas d’idées.

Isabelle Barnérias

https://www.lamontagne.fr/saint-flour-15100/loisirs/lassociation-du-buron-des-quatre-freres-souhaite-redonner-une-seconde-vie-aux-burons-de-l-aubrac_13785091/

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