A Aurillac, Piganiol le fabricant de parapluies ouvre sa production aux masques

La maison Piganiol, leader du parapluie « fabriqué en France », a tout bouleversé dans ses ateliers d’Aurillac (Cantal). Après les blouses pour les hôpitaux et Ehpad, l’entreprise s’est lancée dans la fabrication de masques en tissu, pour le grand public.

C’est une entreprise qui, depuis 135 ans, fabrique des parapluies. Des parapluies
« faits en France », à Aurillac en l’occurrence, dans son atelier, rue Ampère, aux 28 employés. La réputation de la maison Piganiol dépasse les seules frontières du département du Cantal et de la région Auvergne. Il s’en vend partout en France, et à l’étranger.

Cette entreprise, aux habitudes et au calendrier clairement fixé – elle sort deux collections de parapluies : automne-hiver et printemps-été, comme en haute couture –, a senti un contre-temps de taille lui tomber sur la tête, mi-mars. Pour la première fois de son histoire.

« Dès le lundi 16 mars, dernier jour de notre activité avant le confinement décrété par le gouvernement, je suis allé dans l’atelier. J’étais hyper frustré. Et je me disais « c’est quand même incroyable qu’on ne soit pas utile ! » Et on a fermé parce que nous n’avions plus d’utilité : nous n’allions plus faire de parapluies. D’ailleurs, nos clients avaient annulé les commandes ! Alors on a fermé, mais avec une grosse frustration… »

Se rendre utile

La porte close, le directeur général tourne et retourne un masque, qu’il a toujours dans ses affaires quand il voyage en Asie. Il en confie un à ses couturières et leur demande si elles peuvent imaginer un prototype. A coudre, et en tissu, cette fois.

Le prototype créé encourage Matthieu Piganiol à explorer la voie et, peut-être, à en lancer la production. Sauf, qu’à ce moment précis, la demande qui explose, notamment dans les hôpitaux, est celle de blouses.

On a tout changé dans l’atelier : plus question de parapluies

« A ce moment-là de la crise, les hôpitaux cherchaient surtout des masques FFP1 et aussi des protections pour les soignants : surtout des blouses. J’ai eu une grosse demande ! On m’a envoyé un prototype, une sorte de casaque, en me demandant  si je pouvais en fabriquer. Je leur ai proposé deux prototypes: un à l’identique, une blouse lavable en tissu, pareille à ce qu’ils attendaient. Mais un peu longue à fabriquer ; et un autre modèle, simplifié. Les deux prototypes sont validés. » 

Et la production se lance. Une grosse semaine après s’être interrompue, avec les lignes de parapluies.

Les ateliers se réorganisent. Toutes les machines sont poussées et la fabrication de parapluies passent aux oubliettes. Quelques jours plus tard plusieurs Ehpad du Cantal, ayant appris qu’ils fabriquent des blouses, le contacte pour formuler une demande de tabliers. 

A Aurillac, des blouses à la place des parapluies chez Piganiol

Dans les Ehpad, certains travaillaient avec des sacs- poubelle, en plastique, découpés. Ce n’était pas possible. On a imaginé la fabrication de tabliers jetables

S’appuyer sur les entrepreneurs locaux

Matthieu Piganiol pense alors à la société Cantasacs à Neussargues, qui leur fabrique, jusqu’alors, les protections en plastique qui emballent, comme un fourreau, leurs parapluies. Il s’en rapproche, et lui commande ses pans de plastique, dans lequel il va découper, à l’emporte-pièce, les tabliers destinés aux Ehpad.

Un système D, absolument revendiqué, mais qui fonctionne prodigieusement : les tabliers jetables sortent des lignes de fabrication Piganiol par dizaines de milliers. Pour les Ehpad du Cantal, et mais aussi de Grenoble, ou de la région parisienne.

La piste du masque

Matthieu Piganiol ne perd pas de vue son idée première : la fabrication de masques.

« J’étais bien conscient qu’il ne fallait pas faire n’importe quoi, juste pour en produire. On me dit qu’il faut passer par une validation, un protocole. »

Matthieu Piganiol

Le 29 mars, un décret sort. « L’Etat publie ce document avec des nouveau types de masques. On a beau savoir qu’on ne peut pas faire de masque FFP1, ni FFP2, on sait coudre. »

L’idée est de redevenir, sur le sol français, autonome et résilient en matière de fabrication de masque grand public. La filière textile s’organise. « Le 29 mars on a eu cette note d’information interministérielle qui nous permet de confectionner des masques à usages non sanitaires (UNS) : là encore avec deux catégories, UNS1 et UNS2 ». Le premier est destiné aux personnes très en contact avec le public (caissières de supermarchés, livreurs,…) et le second (UNS2) grand public. C’est celui-ci que va fabriquer la maison Piganiol.

Des tests réalisés par la direction générale de l’armement

Elle travaille avec la direction générale de l’armement (DGA) pour tester ses modèles. Les grandes manœuvres commencent : « ils ont un laboratoire nucléaire radiologique bactériologique et chimique (NRBC) qui permet de réaliser ses tests. Ils sont équipés pour valider, par exemple, les tenues des combattants qui vont sur des lieux exposés aux radiations ou à des risques chimiques»

Le laboratoire de l’armée est capable de tester nos textiles, avec deux critères et préoccupations : la perméabilité à l’air et une efficacité de protection

Changement de décor pour l’atelier Piganiol, bien décidé à montrer de quel bois il se chauffe sur le théâtre de la pandémie !

Son rapport de test revient favorable : Piganiol peut se lancer dans la fabrication de masques, en tissu 100% coton, grand public. 

La production lancée depuis le 24 avril

C’est donc parti depuis la fin de semaine dernière : la production de masques UNS2 est lancée.

« Après la frustration du début, où l’on se sentait inutiles, on se sent maintenant un peu impuissants parce qu’on a l’impression de ne pas pouvoir répondre à tout le monde…»

Plus de 3.500 blouses ont déjà été réalisées pour les hôpitaux cantaliens, plus de 40.000 tabliers jetables livrés aux Ehpad et la production continue. « Et on en a encore 120.000 à produire. On a la chance d’avoir pu travailler, localement, avec l’entreprise Abeil : ce sont eux, qui nous ont fourni le tissu pour les blouses ».

Une production cantalienne écoulée à Aurillac

Quant aux masques, ils seront vendus à Aurillac. Et à Aurillac seulement, pour l’instant. « J’ai contacté des distributeurs locaux qui ont dit oui tout de suite. Ils les vendront à prix coûtant : sans prendre de marge. »

Les masques sont disponibles dans deux pharmacies : celle de Belbex et des Alouettes, puis chez Weldom, dans les magasins Leclerc et à Intermarché à Aurillac. Ces masques sont vendus dans un pochon, par deux : 19,90 €. Une seule taille est produite : taille adulte (avec deux liens de chaque coté du visage pour le fixer), mais sept motifs de tissus sont disponibles : deux motifs différents, à chaque fois, dans chaque pochon.
Lavables à 60° C,  testés pour dix utilisations, il faut les changer toutes les quatre heures. 

Marie-Edwige Hebrard

Photos : Jérémie Fulleringer

https://www.lamontagne.fr/aurillac-15000/actualites/a-aurillac-piganiol-le-fabricant-de-parapluies-ouvre-sa-production-aux-masques_13783159/

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