Comment une famille de collapsologues du Cantal vit cette crise sanitaire

A Prunet dans le Cantal, Rémi Richart et sa femme Bénédicte vivent dans une fermette avec leurs 3 enfants. Ce sont des collapsologues : ils croient à l’effondrement progressif de notre société. Rémi nous donne sa lecture de la crise due au coronavirus COVID 19.
 

Par Catherine Lopes Publié le 08/04/2020 à 14:42 Eolienne sur le toit, récupérateur d’eau, four solaire, à Prunet, dans le Cantal, on pourrait croire que la famille Richart est très écolo. Elle est en réalité adepte de la collapsologie. Cette théorie remise au goût du jour par Pablo Servigne et Yves Cochet, annonce l’effondrement de notre civilisation. Rémi Richart raconte : « J’ai fait des études d’informatique. Ma femme Bénédicte était institutrice. Nous sommes partis au bout du monde pour vivre une expérience. J’ai arrêté de travailler, je me suis ouvert et j’ai beaucoup lu. J’ai pris conscience de la finitude de notre système. Jusque-là, tout va bien. Mais nous nous sommes rendu compte en 2004 que les voyants étaient au rouge. Nous étions à La Réunion et nous avons finalement choisi de vivre dans le Cantal. On a commencé notre projet de résilience. C’était juste avant la crise de 2008 ».

On a mis en place une fermette résiliente

Rémi a alors repris des études pour travailler dans les énergies renouvelables. Il décide de créer son entreprise, avant le boom du photovoltaïque. Sa femme démissionne de la fonction publique. Rémi poursuit : « On a complètement réorienté notre projet. On a mis en place une fermette résiliente. J’ai voulu que l’on soit autonome en énergie solaire. Ma femme s’est formée à la médecine traditionnelle chinoise. Elle a son propre cabinet. Aujourd’hui, nous avons 3 enfants, de 5, 10 et 12 ans. Nous expérimentons les différentes énergies renouvelables, la permaculture, la phytoépuration, la récupération de l’eau, les médecines douces et alternatives, l’école à la maison. Ceci afin d’être le plus résilients possible face à un effondrement évident de la société telle que nous la connaissons. On a appelé ça Nos pieds sur terre». 

Se préparer à l’effondrement

A Prunet, Rémi et sa femme dispensent depuis 2 ans des stages, destinés aux adultes et aux enfants, afin de se préparer à l’effondrement. Ils ont accueilli plus de 200 stagiaires. Ils y enseignent la résilience, c’est-à-dire la façon d’apporter des réponses à l’effondrement annoncé. Une façon de rebondir. Rémi explique : « Un homme qui crée habituellement des algorithmes ne pourra pas se soigner, se nourrir, produire de l’énergie si tout s’effondre. L’idée est de diminuer l’hyperspécialisation en augmentant le panel de nos connaissances. C’est donc travailler moins, gagner moins, mais apprendre à faire son potager, se soigner par des médecines alternatives, récupérer l’eau de pluie ».

Leur lecture de la crise sanitaire

Avec l’épidémie de coronavirus COVID 19, les collapsologues ou plutôt des « collapsonautes » comme le préfère Rémi, s’interrogent sur cette crise sanitaire. Rémi affirme : « Cette crise est la preuve de la fragilité de notre système économique et sociétal. C’est la conséquence directe de la mondialisation. Il suffit de superposer la carte des flux aériens et celle du COVID 19. Pour moi, cette crise n’est pas un premier signe de l’effondrement, elle en est la deuxième marche. Je mise plus sur un effondrement graduel. A chaque pallier, il y aura de plus en plus de dégâts. La résilience, surtout à l’échelle locale, permet d’en amoindrir les effets. L’effondrement n’aura pas lieu au lendemain du déconfinement. C’est une étape de plus ».

Se recentrer sur l’essentiel

Il ajoute : « L’effondrement écologique et climatique a commencé. Le système financier est un château de dettes qui a commencé à s’effondrer en 2008. Désormais on va se recentrer sur l’essentiel. Nous sommes des êtres sociaux profondément épris de liberté. Si la situation de confinement devait continuer, on verrait l’émergence de nouveaux modes de consommation, comme les circuits courts. On vit une crise sans précédent mais de façon confortable : on a de quoi manger, se chauffer, on a la TV et Internet. Notre limitation de liberté est relative. Notre souffrance n’est pas énorme. Cela vacillera davantage le jour où il y aura des coupures d’eau et d’électricité ».

Le choix du Cantal

Depuis le début de la crise sanitaire, Rémi n’a pas reçu plus de demandes de stages de la part de personnes inquiètes. En revanche, il a reçu de nombreux appels d’anciens stagiaires qui voulaient parler de la crise avec eux. Rémi et sa famille vivent le confinement depuis leur fermette du Cantal. Un lieu qui n’a pas été choisi au hasard. Rémi raconte : « On a superposé une carte des sites seveso, avec les zones des centrales nucléaires, les densités de population, les autoroutes et le prix de l’eau. Très peu de zones correspondaient à nos critères. Il y a avait entre autres le Lot, la Lozère et le Cantal. On a choisi cette dernière option ».
Rémi et sa femme ne souhaitent pas passer pour de faux prophètes de malheur. Selon eux, la collapsologie, à la différence d’une religion ou d’une secte « est un domaine qui s’appuie sur la science dans chaque démonstration« . Récemment, dans une interview accordée à France Inter, Pablo Servigne, pionner de la collapsologie, expliquait : « En collapsologie, il y a deux écueils à éviter : le premier, c’est de dire que « tout est foutu ». Le deuxième, dire que « tout ira bien ». On a besoin d’optimistes et de pessimistes actifs, qui se préparent aux multiples chocs à venir, et pas d’optimistes et de pessimistes passifs, dans le déni« .

https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/cantal/coronavirus-covid-19-comment-famille-collapsologues-du-cantal-vit-cette-crise-sanitaire-1812978.html

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