« A » comme alyte accoucheur, « P » comme pédagogie : l’Atlas de la biodiversité d’Aurillac en sept lettres

Le projet était ambitieux : recenser les espèces végétales et animales présentes sur Aurillac, avec l’aide des citoyens, pour identifier les milieux à protéger. L’Atlas de la biodiversité est bientôt terminé.

Connaissez-vous bien l’ensemble de vos voisins ? Pas sûr. Dans le cadre de la création d’un Atlas de la biodiversité, la Ville d’Aurillac, le CPIE de Haute-Auvergne et différents partenaires, notamment la Ligue de protection des oiseaux, se sont chargés de vous en trouver de nouveaux…

A comme alyte accoucheurPhoto : Stéphan Oleszczynsk

Peu d’Aurillacois savent par exemple qu’ils cohabitent avec l’alyte accoucheur : ce petit batracien se fait discret dans les murs en pierre sèche, n’a besoin que de peu d’eau pour se reproduire. Dans la cité géraldienne, on le trouve dans le centre ancien, où il est souvent confondu avec… un oiseau. S’il est peu visible, son chant n’est pas celui, envahissant, des grenouilles de nos étangs. Il siffle des petites notes brèves, à intervalle régulier.

D comme données

Pour réaliser cet Atlas de la biodiversité, le CPIE s’est appuyé sur des spécialistes et a  tenté de faire appel aux citoyens, avec trop peu de succès, malheureusement. En tout, près de 24.000 données géolocalisées, sur les années 2018 et 2019, ont été compilées… dont seulement 250 issues du grand public.

« Ils n’ont pas forcément saisi l’intérêt, explique Emmanuelle Huet, responsable des musées de la Ville. Cela fonctionne bien au niveau national et international, où beaucoup de naturalistes répondent, moins au niveau local. » « Les gens ont tendance à penser que c’est une affaire de spécialiste… », se désole Bernard Tible, qui note que le livret, particulièrement réussi, a pu être conservé par les habitants… Dommage. Car ces données « sont spécifiques », explique Evéa Mautret, technicienne du CPIE.

M comme milieu

L’immense travail de synthèse qui a suivi a permis non seulement de recenser les espèces – 494 plantes, 333 animaux, mais, surtout, de définir les différents milieux que l’on peut trouver à Aurillac – 50 au total. Des petits espaces anodins, que l’on connaît tous, « on passe à côté, et on est à mille lieux de penser qu’il y autant de vie là », définit Bernard Tible.

O comme ophrys mouche

Avec des petites surprises : des hêtraies sur les hauteurs de la ville, ou des prairies calcaires du côté de Peyrolles qui abritent des ophrys mouche, une plante protégée. « Il est très important que les élus et la population soient au courant de l’existence de ces milieux », explique Isabelle Huet.

De l’autre côté du spectre, des plantes ou des animaux qui n’ont rien à faire là ont pu être observés : les écrevisses, bien sûr, des tortues de Floride, ou la renouée du Japon et la balsamine de l’Himalaya. Ces deux exemples sont parlants : ce sont des fleurs très jolies, mais « cela va prendre la place d’espèces locales. Il faut savoir que certains insectes sont liés à une plante en particulier. »

Si la plante est remplacée par la renouée du Japon, l’insecte disparaît, et cela a un impact sur les animaux qui les mangent… jusqu’à l’autre bout de la chaîne alimentaire.

P comme pédagogie

Le document doit être connu des habitants : « Je ne sais pas s’il faut continuer à remettre un prix pour le jardin le plus fleuri… », explique simplement Bernard Tible. Car les jardins les plus beaux, les mieux entretenus, ne sont pas ceux qui attirent le plus d’espèces. La renouée du Japon est très belle… mais envahissante

Autre exemple avec l’alyte accoucheur, qui vit donc dans les murs en pierre sèche. Refaire tous les enduits conduirait à le faire partir du centre-ville. Or, il semble que la population de l’espèce soit en baisse à l’échelle de la région Auvergne. Problème : « Si l’on met moins de produit phytosanitaire, on va se faire engueuler, on va nous dire qu’on ne traite pas comme il faut. Alors que c’est une vraie richesse… », sourit Bernard Tible.

T comme travail à poursuivre

Le travail n’est donc pas terminé, « le plus dur est à venir, prophétise Bernard Tible. L’atlas de la biodiversité est un produit fini, mais il ne faut pas s’enorgueillir de l’avoir fait et le garder simplement sur une clef USB. » Avec ce document, l’objectif est de peser pour permettre la conservation de ces milieux, sur plusieurs axes. Le lis martagon est protégé

Du côté de la Ville, par exemple, en se posant la question de l’entretien, de l’aménagement des espaces verts – des formations sont prévues, vers les élus et les agents. Évidemment, cette connaissance pourrait aussi permettre de définir des aménagements à l’avenir, notamment pour rétablir des couloirs entre les différents milieux, et permettre aux espèces de se déplacer.

Ainsi, l’Atlas de la biodiversité est amené à évoluer, à être suivi. Sur la commune, des zones sont mieux connues que d’autres, il faudra également suivre les changements. La publication, aujourd’hui en cours de finition, très jargonnante, pourrait être vulgarisée en direction du grand public. Une volonté de pédagogie, parce que « si l’on arrive à expliquer l’intérêt de cette biodiversité, la partie est gagnée », conclut Bernard Tible.

Pierre Chambaud

https://www.lamontagne.fr/aurillac-15000/actualites/a-comme-alyte-accoucheur-p-comme-pedagogie-l-atlas-de-la-biodiversite-d-aurillac-en-sept-lettres_13764338/

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