J’ai testé pour vous : le métier d’éleveur de Salers dans le Cantal

A partir du 22 février, c’est le salon de l’agriculture à Paris, j’ai décidé d’en savoir un peu plus sur le métier d’éleveur de Salers. Je suis donc allée dans le Cantal, à Saint-Cernin. J’ai passé la journée avec Sophie Antignac et son compagnon Thierry Lacombe.

Par Aurélie Albert Publié le 21/02/2020 à 06:31 Quand je retrouve Sophie Antignac, la journée est déjà bien avancée sur l’exploitation de son compagnon, Thierry Lacombe. L’exploitation se trouve près d’Aurillac, dans le Cantal, à Saint-Cernin, à plus de deux heures de route de Clermont-Ferrand. 

Nous arrivons donc aux alentours de 11 h 15, au lieu-dit Cros. Sophie, nous attend devant une étable, là où se trouvent ses vaches Salers. Autour de l’étable, une vue sur les hauteurs et sur l’étable de Thierry. 
Juste à côté de l’étable de Sophie, je retrouve une connaissance : Mabrouck, un taureau de quatre ans maintenant. Il n’a pas changé, malgré quelques kilos en plus.  

Un caractère bien trempé

Pour la petite histoire, je connais Mabrouck et Sophie depuis un an. Je les ai rencontrés au salon de l’agriculture à Paris. La jeune agricultrice de 37 ans présentait son taureau parmi les jeunes Salers du Cantal. Derrière ses yeux bleus et sa tête blonde, j’étais loin de m’imaginer qu’elle s’occupait d’une soixantaine de vaches allaitantes, d’une vingtaine de génisses et de quatre taureaux. Mais ne vous inquiétez pas, derrière son sourire Sophie a un caractère bien trempé. 

Un an plus tard, je la retrouve dans son univers. Pas au Falgoux, où elle a acheté son exploitation en 2015, mais dans l’exploitation de son compagnon. « J’ai toujours ma ferme au Falgoux mais l’hiver, comme les vaches sont à l’étable et qu’il y a beaucoup de vêlages, c’est plus simple pour les surveiller, et surtout je ne suis pas toute seule en cas de problème », explique la jeune femme. 

Le bouclage des veaux

Nous nous retrouvons donc dans les hauteurs du Cantal et sous le froid hivernal au début du mois de février. J’enfile la combinaison « Salers » et mes bottes (largement indispensable pour la journée). 
Nous nous dirigeons vers l’enclos des veaux : mignons mais déjà grands pour leur âge. 

« Nous allons faire le bouclage des veaux, on leur met des boucles sur les oreilles avec un numéro. C’est une sorte de passeport à vie pour l’animal », m’explique Sophie. Thierry et son fils, Jean, nous ont rejoints. Avec deux pinces, on met une étiquette sur chaque oreille, entre les cartilages. « Avec l’une des pinces, on prélève un peu de cartilages, ajoute Thierry. On envoie le prélèvement dans un laboratoire qui va analyser l’échantillon pour voir si le veau a la maladie du BVD (la diarrhée virale bovine, une maladie qui peut être responsable de problèmes reproducteurs, pathologies néonatales et chutes de production. Une maladie qui peut se transmettre à un autre animal) »

De chauffeur routier à éleveuse de Salers

Après avoir bouclé deux veaux, je reste un peu avec Sophie et je lui demande pourquoi elle a voulu devenir éleveuse de Salers. « J’ai toujours aimé les animaux, travaillé à l’extérieur et la nature ». Il faut savoir qu’avant d’atterrir dans l’élevage, Sophie était chauffeur routier. Pendant huit ans, elle prend la route et ouvre même son entreprise de transports. 

Jusqu’au jour où elle décide d’arrêter et de retourner à ses premiers amours : les animaux de la ferme. « Je suis retournée en école pendant un an, j’ai passé mon brevet professionnel responsable d’entreprise agricole et j’ai obtenu mon diplôme en juin 2014 et en 2015, j’achetais mon exploitation. Je ne regrette pas du tout d’avoir changé de métier »

« Je suis partie de rien, mes parents n’étaient pas agriculteurs »

Après le déjeuner, nous reprenons le travail. Mais avant de retourner à l’étable, nous faisons une halte dans une autre étable. À l’intérieur, on retrouve un autre taureau, Nimbus, « C’est le surnom de mon père », m’explique Sophie en rigolant. À trois ans, il pèse déjà presque une tonne. Je le sors de l’étable dans son petit parc privatisé, pour que nous puissions le brosser. « Il est né de ma vache Fortune. Déjà petit, avec sa mère, il est au salon de l’agriculture à Paris. Il y retourne cette année pour concourir »

Ce n’est donc pas la première année que Sophie se rend à Paris mais avec Nimbus, il y a une tout autre signification « C’est la première fois que je vais y aller avec un taureau à moi, qui est né sur l’exploitation, je suis fière. Je suis partie de rien, mes parents n’étaient pas agriculteurs, et il y a cinq ans j’ai commencé tout de zéro »

L’heure du repas

Le brossage et chouchoutage terminés, nous détachons Nimbus qui saute et joue avec la chienne de Sophie, un berger australien. Après la récréation, il retourne dans son étable. Et nous, nous retournons au travail.
Il faut nettoyer et enlever les bouses de vaches, dans l’étable de Sophie. Nous repaillons avec Thierry : les vaches pourront s’allonger dans des draps propres. À peine terminé, nous nous occupons des veaux : c’est l’heure du repas. « Nous allons ouvrir la porte de l’enclos des veaux qui vont aller téter. Mais il faut les aider un peu et les emmener vers leur mère », m’explique Sophie. Si un veau va téter la mauvaise mère, elle s’en rend compte et risque de lui donner un coup de sabot. 
Heureusement, au-dessus de chaque vache, il y a un numéro, qui correspond au veau. Mais quand Sophie ouvre la porte, ça va dans tous les sens, il faut être vigilant et réactif. 

Des hauts et des bas dans le métier 

Quand tout le monde a trouvé sa place, nous pouvons souffler. Enfin pas pour longtemps : Sophie m’emmène à l’étage au-dessus, dans la grange. C’est là qu’elle stocke le foin pour l’hiver, mais c’est étrangement vide, « C’est à cause de la sécheresse de cet été, nous n’avons pas pu faire assez de foins. Nous sommes le 1er février et je ne sais pas si je vais tenir jusqu’au mois d’avril. Il faudra peut-être que j’en achète. J’ai déjà dû en acheter, c’est 12 000 euros donc c’est quand même un sacré trou dans la trésorerie », m’explique la jeune femme. 
Quand je lui demande si ce n’est pas difficile d’être éleveur, elle me répond que si « C’est difficile. On a du mal à se sortir un salaire. C’est une question de passion, on ne fait pas ce métier pour gagner de l’argent, c’est parce qu’on aime ça »

Nous prenons donc le foin et à travers des trous dans le plancher nous jetons le foin qui atterrit directement sur la tête des vaches en dessous. 
La journée se termine pour nous. Sophie a encore un peu de travail. De 5 h 30 du matin à 18 h, les journées sont longues. Hiver, comme été, il y a du travail à la ferme.

https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/cantal/j-ai-teste-vous-metier-eleveur-salers-cantal-1783991.html

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