Le vignoble en terrasses de Molompize, la côte-rotie du Cantal

Sur les hauteurs de Molompize (Cantal), deux passionnés font revivre, depuis 2002, l’ancestrale culture de la vigne en palhàs.
Des terrasses en pierre sèche, plantées à plus de 600 mètres d’altitude, qui donnent des vins rares et uniques.

Le vieux 4×4 Suzuki, déjà martyrisé en première main par un bûcheron rude à la tâche, ne jouit pas d’une fin de vie plus douce.
L’ascension du chemin caillouteux qui serpente à pic au-dessus de Molompize (Cantal) et de la vallée de l’Alagnon, tient de la séance de torture pour ses organes mécaniques vitaux.

Un supplice quasi quotidien rendu nécessaire par le métier de vigneron de l’extrême de son nouveau propriétaire, Gilles Monier.
Jusqu’en 2002, jamais, ce géologue de formation, qui a écumé le bush australien pour trouver de bons filons miniers avant de devenir chercheur au CNRS, ne se serait imaginé devenir viticulteur.

Les palhàs de Molompize, terrasses en pierre sèche construites au XIXe siècle, ont été superbement rénovées afin de redonner aux vignobles de la vallée de l’Alagnon.
L’inclinaison des parcelles rend la culture de la vigne et la récolte autrement plus problématique que sur de simples coteaux, sans parler l’accès chaotique aux palhàs.

Revenu au pays dans les années 1980 pour prendre la suite de son père comme pomiculteur, le scientifique a plongé sans vraiment réfléchir.
Quand la communauté de communes du Pays de Massiac a lancé un appel d’offres pour remettre en culture 1,5 hectare de palhàs,
ces terrasses en pierre sèche, patiemment restaurées à Molompize, il s’est senti investi d’une mission.

Une signature unique

Gilles Monier produit quatre vins différents : deux chardonnays, un pinot gris et un gamay.
« Les blancs associent une grande fraîcheur, une minéralité, que l’on retrouve dans les vignobles septentrionaux, et des fruits mûrs plus méridionaux.
Comme s’il y avait le nord et le sud dans un même vin. Le rouge possède une grande finesse, avec des tanins soyeux qui vont au-delà des fruits rouges associés au gamay. »

« Un travail remarquable avait été effectué, pendant trois, quatre ans, pour débroussailler, dessoucher et réparer les murs.
Mais faire tout ça, sans que les terrasses retrouvent leur vocation originelle, c’était inutile. Donc, je me suis porté candidat.
Et depuis, nous nous partageons le site et le matériel avec Stéphan Elzière. Nous disposons d’un bail de 33 ans », raconte-t-il.

Amoureux de son territoire, Gilles Monier puise son plaisir dans la renaissance d’une tradition ancestrale.
« Les palhàs ont été abandonnées il y a plus d’un siècle.
Même si ce sont de petites parcelles, entre Molompize et Massiac, tous les versants sud de la vallée de l’Alagnon étaient plantés de vignes.
Le relevé cadastral du milieu du XIXe siècle donne le chiffre de 250 hectares dans le pays de Massiac, cultures qui se prolongeaient jusqu’en Haute-Loire, vers Blesle.
Pour bien s’en rendre compte, il faut venir ici à la fin de l’hiver, quand les chênes pubescents sont dénudés et que l’on voit les palhàs se dessiner partout sur les côteaux. »

Une production limitée

Avec ses 2,3 hectares de vignes plantées en altitude, la production de Gilles Monier reste limitée.
« Nous sommes sur des rendements de 20 hecto/hectare. En moyenne, sur une année normale, cela donne entre 5 et 7.000 bouteilles.
2019 sera une petite année. Nous avons eu le froid au printemps puis une chaleur excessive et la sécheresse.
La récolte sera jolie mais peu fournie », explique-t-il.

Gilles Monier vinifie ses vins dans le cuvage où officiait déja son grand-père, dont il a gardé de nombreux souvenirs.

Gilles Monier a choisi de planter trois cépages.
Entre le sol et l’altitude, de 600 à 700 mètres, le gamay, le chardonnay et le pinot gris donnent des vins uniques qui prennent place sur des tables étoilés partout en France.
« Les vignes sont plantées sur du schiste et du gneiss, une roche métamorphique acide.
D’où un sol très légèrement filtrant qui donne avec les mêmes cépages que dans le Puy-de-Dôme voisin des vins très différents.
Ils possèdent une signature assez caractéristique avec une typicité et des arômes singuliers ».
Vigneron sur le tard

Devenu vigneron sur le tard, au tournant de la cinquantaine, l’ancien pomiculteur, dont la conduite se rapproche du bio,
s’est tellement pris au jeu qu’il a planté un hectare et demi supplémentaire à côté de Massiac selon la technique des « banquettes ».

Sucession en question

Gilles Monier se voit continuer encore trois ou quatre mais se pose la question de sa succession.
« Mon fils est œnologue dans une grande propriété en Châteauneuf-du-Pape.
Pour l’instant, il n’a pas l’air intéressé. Mais pour quelqu’un s’installe et que ce soit viable, il faudrait doubler la surface et arriver à 5 hectares. »
Gilles Monier, géologue de formation, a appris le métier de vigneron sur le tas et s’est découvert une nouvelle passion.

« C’est une vocation tardive. Je n’y connaissais rien. Je n’avais aucune formation dans la culture et l’élevage du vin.
Mais le défi de démontrer à une population locale sceptique, voire goguenarde, que cela en valait la peine, m’a plu.
Après Stéphane Elzière, un jeune éleveur, Simon Chabasseur, a également replanté sur Massiac.
D’autres projets sont en cours.
Alors, si nous avons pu contribuer à une renaissance de la vigne dans la vallée de l’Alagnon, nous pouvons en retirer une certaine fierté. »

Contact : Gilles Monier, 6 rue Jean Rieuf 15500 Massiac.
Tel : 06.45.18.30.07.

Vignes en terrasses ou l’art de faire « banquette »

En plus des palhàs de Molompize, Gilles Monier a aménagé, en 2006 et 2012, un « vieux terrain familial » d’1,5 hectare, à Félines, à la sortie de Massiac.
« Avant de nous lancer, nous avons effectué avec Stephan Elzière plusieurs voyages d’études dans des vignobles en pente (Savoie, Val d’Aoste, Suisse) afin de voir comment ils fonctionnaient.
Cela nous a permis de trouver le chenillard avec lequel nous travaillons les vignes.
J’ai également découvert en Suisse un modèle d’aménagement des pentes dit en banquette où l’on plante la vigne en haut et en bas de talus afin de laisser la place à des engins pour passer.
C’est une solution viable pour aménager les pentes car créer de toutes pièces de palhàas en pierre sèche serait hors de prix. »

https://www.lamontagne.fr/molompize-15500/actualites/le-vignoble-en-terrasses-de-molompize-la-cote-rotie-du-cantal_13640936/

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