Des atouts et un écosystème inattendu : ce que cache la tourbière d’Entremont (Cantal)

Publié le 13/08/2019 à 08h30

Parmi les sites remarquables du Cantal, la Tourbière d’Entremont, qui offre des atouts incontestables et abrite un écosystème inattendu… comme des plantes carnivores !

Sur le bord de la départementale, près du Col d’Entremont, Émilie s’engouffre entre les hautes herbes. Aujourd’hui, ce ne sont pas des baskets, mais des bottes qu’elle a enfilées.

« On va descendre progressivement dans une cuvette. Le cœur de la tourbière d’Entremont est juste-là », explique-t-elle, en indiquant, de son doigt, ce qui semble être une prairie, en contrebas. Et la responsable du pôle Cantal, au Conservatoire d’Espaces Naturels d’Auvergne, l’annonce : « Plus le sol s’affaisse, plus il sera humide ! »

Pour s’en rendre compte, il suffit d’observer la végétation. Sur la centaine de mètres qui nous sépare de la tourbière, le dégradé de couleurs est visible à l’œil nu. Du jaune, puis du vert foncé, et enfin, un vert plus clair.

Et puis, il y a le sol aussi. À chaque pas, les bottes s’enfoncent un peu plus. La terre n’est pas vaseuse mais plutôt moelleuse. Une fois au cœur de la zone, on finit presque par rebondir sur cette surface, qu’on croirait rembourrée.
Des atouts à protéger

« Dans les cuvettes comme celle-ci, l’eau des précipitations s’est accumulée jusqu’à saturer le sol », explique Émilie, en pressant un morceau de mousse (de la sphaigne, plus précisément) qui laisse s’échapper des gouttes d’eau. « Cette terre, acide et faible en oxygène, ne permet pas aux plantes de se décomposer. Alors, la matière organique s’accumule », ajoute la spécialiste.

et amas de débris de végétaux, c’est ce qu’on appelle la tourbe. Et ici, dans la tourbière d’Entremont, on n’en manque pas vraiment. Émilie a emporté, avec elle, une tige en fer de près de 3 mètres. Sans effort, elle l’enfonce dans le sol, jusqu’au bout. « Et si la tige avait fait 6 mètres, j’aurais pu continuer. La tourbe gagne près d’un millimètre par an. De quoi imaginer la période de formation de cette tourbière… ».

Aujourd’hui, plus de deux tiers des zones humides ont disparu.

Et Emilie le regrette. Longtemps considérées comme des zones insalubres et des réservoirs à moustiques, elles ont été détruites par le drainage et le remblaiement. Pour Émilie, c’est une « grosse erreur de jugement ». Car ces territoires présentent de nombreux atouts.

« D’abord, ils sont essentiels pour la gestion des ressources en eau, puisqu’ils peuvent à la fois l’emmagasiner pendant les périodes de risque de crue, et la redistribuer lors des sécheresses. Ensuite, ils améliorent la qualité de l’eau grâce à leurs végétaux, qui consomment les mauvais minéraux. Enfin, ils possèdent une grande capacité de stockage de carbone, ce qui est aujourd’hui essentiel pour notre environnement. »

C’est une zone qui abrite même des plantes carnivores !

La parcelle, de près de quatre hectares, appartenait à un habitant de Chastel-sur-Murat, mais depuis quelques années, elle fait l’objet d’une convention avec le conservatoire de la région. « La présence de cette tourbière est une chance, il faut la protéger ! », s’exclame Émilie. Sans oublier, en outre, que ce petit fragment de nature abrite une flore et une faune assez spéciales.

Car en s’enfonçant un peu plus, derrière une rangée d’arbres, des paysages inattendus se dévoilent. Ici, par exemple, on découvre un champ de coton. Enfin pas tout à fait. « Ce sont des linaigrettes », précise Émilie, en saisissant l’une de ces fleurs blanches et légères qui ont envahi le terrain. Avec la Parnassie des marais (fleur blanche) et la Potentille des marais (fleur rouge), ce sont des habituées des milieux humides.

Mais on ne peut pas en dire aurant de toutes les espèces. Ici, la faune, comme la flore se sont souvent adaptées à l’omniprésence de l’eau. C’est le cas du lézard vivipare, qui a développé une substance anti-gel pour l’hiver.

Et le plus surprenant reste encore à découvrir. En écartant les brins d’herbes, on découvre de charmantes petites fleurs. Les points noirs au milieu ? Des insectes, pris au piège. Oui, il s’agit bien de plantes carnivores. « Des droseras, plus précisément. Comme le sol est saturé, elles se sont adaptées pour se nourrir autrement. Elles imitent les gouttelettes de la rosée pour attirer les insectes, puis les piègent grâce à une substance collante. Leurs tentacules se referment lentement jusqu’à immobiliser la proie. Enfin, elles secrètent le suc qui leur permettra de digérer toutes les matières nécessaires à leur croissance ! », raconte Émilie.

Des menaces en demi-teinte

En rebroussant chemin, quelque chose cloche. C’est une fleur jaune, un peu isolée, qui fait faire la grimace à Émilie. En s’approchant, elle donne des explications. « Ca, c’est un Mimule tacheté. C’est une plante exotique envahissante. Je pensais l’avoir éradiquée la dernière fois. Cela m’embête beaucoup qu’elle soit de retour ! ».

Car ces fleurs aussi charmantes soient-elles, peuvent éliminer tout leur environnement en quelques années. « Elle a pu être importée ici par des oiseaux, des vents, des eaux, ou même un être humain.

Il faut surveiller régulièrement sa progression car elle pourrait faire disparaître la végétation, si spéciale, de la tourbière !

À quelques mètres, on aperçoit d’autres points jaunes. Mais en vérifiant, les craintes s’envolent. « Ce sont de simples Lotiers des Marais », se rassure-t-elle.

Pour le moment, le Conservatoire d’Espaces Naturel d’Auvergne laisse la zone dans son état actuel, et ne prévoit pas d’agir. « C’est un milieu fragile, sensible à beaucoup de choses, dont le piétinement, par exemple. Et la meilleure chose à faire est de le laisser évoluer seul pour l’étudier. C’est un véritable puits de connaissances. »

La professionnelle n’exclut, pas, un jour, de devoir réagir face au réchauffement climatique. « Mais pour le moment, nous n’avons aucune idée des conséquences exactes qu’il pourrait avoir sur les zones humides », admet-elle.

Eve Guyot

https://www.lamontagne.fr/dienne-15300/actualites/des-atouts-et-un-ecosysteme-inattendu-ce-que-cache-la-tourbiere-d-entremont-cantal_13620409/

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