Mais pourquoi y a-t-il autant de thermes en Auvergne ?

Publié le 31/07/2019 à 11h00

L’Auvergne compte une dizaine de stations thermales.
L’une des régions les mieux dotées. Leur histoire est ancestrale.

Pour comprendre pourquoi la région a autant de stations thermales, il faut revenir 35 millions d’années en arrière.
Pas qu’on ait vu beaucoup de diplodocus en peignoir et claquettes,
mais c’est en plein Tertiaire que les failles géologiques se sont formées,
permettant à l’eau de circuler à des profondeurs inégalées.

L’Antiquité

Il faudra ensuite attendre quelques années pour que des humains pensent à exploiter cette eau.
Combien de temps ? Là, on n’est pas très sûr.

« On a les premières traces au Ier siècle de notre ère.
Au Mont-Dore, elle était exactement au même endroit qu’aujourd’hui, là où jaillit l’eau. Certainement que les Celtes maîtrisaient parfaitement aussi la technique,
mais c’était un peuple de tradition orale, donc nous n’avons pas de preuve »
Agnès Bertet (guide conférencière)

Depuis l’Antiquité, l’art de la cure thermale a peu évolué.
Par exemple, elles duraient trois semaines. Exactement comme aujourd’hui.

Le Moyen Âge

Après la chute de l’empire romain se profile le Moyen Âge. Période sombre pour les thermes.
Parce que l’hygiène n’était pas au cœur des préoccupations ? « C’est un cliché.
Il y avait à l’époque des bains publics et mixtes.
Bon, évidemment, quand l’Église a pris du pouvoir, elle a déclaré ces lieux amoraux. »
Les raison de cet âge sombre sont tout autres.
D’abord, au Moyen Âge, certaines cités thermales n’existent tout simplement pas.
À La Bourboule, on trouve seulement une maison de bain, par exemple.
Au Mont-Dore, les thermes ont été détruits violemment.
Quand et dans quelles conditions, on l’ignore encore.
À Royat, la période trouble et belliqueuse pousse les habitats à remonter sur les collines. Dans la plaine, les quartiers thermaux sont abandonnés.

La Renaissance

Bien qu’à cette période, l’hygiène est médiocre en France (contrairement au Moyen Âge donc), les thermes vont connaître un nouveau souffle.
En 1605, Henri IV réglemente l’activité.

« À cette époque, les gens vendaient les eaux de leurs villes.
Mais n’importe comment. Du coup, beaucoup de gens tombaient malades. »
Jacques-François Chomel devient surintendant des bains.
C’est à cette période que les cures thermales deviennent une activité pour riches.

Le XIXe siècle

Le début du réel essor des thermes avec, ce que l’on pourrait appeler, le début du tourisme.
« Les jeunes nobles faisaient à l’époque le Grand Tour.
Une mode qui consistait à faire le tour des grandes capitales européennes.
En parallèle, les thermes deviennent à la mode.

Il faut attirer du monde, mais qui peut s’arrêter de travailler pendant trois semaines ? Les riches. »
Les cités s’équipent donc en hôtels de luxe, en casinos… Tout le gratin se retrouve en cure pendant l’été.
Les grands spectacles prévus à la rentrée à Paris, étaient testés dans les stations thermales, puisque tous les gens qui comptent s’y trouvent
Devant cette demande, des villes thermales poussent en un clin d’œil.
« La Bourboule est une ville-champignon. Quand ils ont réalisé que leur eau était de l’or bleu, la ville est sortie de terre en moins de 50 ans.
Elle ressemblait à ce que l’on connaît aujourd’hui. »

Le XXe siècle

Un siècle en yo-yo. Il y a d’abord un coup de frein avec la Première Guerre mondiale. « Royat, le Mont-Dore et beaucoup de stations servent d’hôpitaux pour les blessés. »
Une parenthèse. Les Années folles de l’entre-deux-guerres relancent la mode des cures thermales. Ce début de XXe siècle est encore visible.
« L’art nouveau d’avant-guerre et l’art déco de l’entre-deux sont encore partout. »
La Deuxième Guerre mondiale marque un second frein.
À cause du conflit, certes, mais surtout par une évolution sociale reposant sur trois facteurs.
Les congés payés en 1936 et la sécurité sociale en 1945 vont ouvrir les cures à tous.
Mais le mélange social, les riches ne sont pas vraiment pour.

Et puis les infrastructures sont encore hors de portée des plus modestes.
En même temps, on voit l’avènement de la pharmacie.
Et il est plus simple d’avaler un médicament que partir trois semaines en cure
Dans cette transition violente, certaines cités ne s’adaptent pas.

« Saint-Nectaire a plongé.
Aujourd’hui encore, malgré une tentative de relance dans les années soixante-dix, on ne trouve plus que des cures bien-être, et plus de cures conventionnées.
Les grands hôtels sont devenus des appartements. »

Le XXIe siècle

Offrir à la fois des cures bien-être et santé.
S’adresser aux plus aisés comme aux plus modestes.
Voilà le nouvel équilibre des stations modernes.
Surtout, les stations se regroupent en réseau.

Le thermalisme est désormais un solide argument économique.
On estime que pour cent curistes supplémentaires, ce ne sont pas moins de dix emplois qui sont créés.
L’année dernière, 600.000 personnes ont suivi une cure en France.
En Auvergne, Royat a envisagé de changer son nom en Royat-les-Bains.
À Châtel-Guyon, un resort thermal de 20 millions d’euros ouvrira au printemps 2020.

La Compagnie de Vichy vient d’être rachetée, en juin, par le groupe France Thermes, deuxième nom du secteur.

Simon Antony

https://www.lamontagne.fr/clermont-ferrand-63000/actualites/mais-pourquoi-y-a-t-il-autant-de-thermes-en-auvergne_13600290/

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